Total, leader en Afrique : un atout et une responsabilité

Entretien avec Guy Maurice, Directeur Afrique pour l’Exploration-Production, et Momar Nguer, Directeur Marketing & Services pour l’Afrique et le Moyen-Orient. 

2014 a été une année difficile pour l’Afrique : crises sécuritaires, sanitaires… L’Afrique est-elle plus risquée que d’autres régions du monde ?

Guy Maurice : En Afrique comme ailleurs, Total mène des analyses de risques rigoureuses. Mais n’oublions pas que l’essentiel de nos opérations se déroule dans un climat serein. Ici comme partout, Total impose les normes et standards les plus élevés en matière de sécurité et de sûreté, mais aussi de Droits de l’homme et d’intégrité, en particulier dans la lutte contre la corruption. Nos investissements s’inscrivent dans le long terme et cela passe par un respect mutuel avec les Etats et la société civile. C’est un dialogue constant!

Momar Nguer : Depuis quatre-vingts ans, nous avons largement prouvé notre capacité à nous développer dans la durée en Afrique. Le continent a aussi beaucoup changé et, ici comme ailleurs, la question centrale est de savoir comment, en tant qu’entreprise, vous contribuez à la dynamique de croissance des pays dans lesquels vous êtes présents. Aujourd’hui, notre force pour faire face aux crises et poursuivre notre développement est d’avoir toujours cru en l’Afrique, d’avoir misé de longue date sur des équipes locales et de qualité, d’avoir aussi accompagné les fournisseurs locaux pour qu’ils répondent à nos standards. 

Les projets que vous conduisez en Afrique – notamment dans l’offshore profond – sont très technologiques. La chute actuelle des cours remet-elle en question votre engagement sur ce continent ?

G. M. L’Afrique est stratégique pour le Groupe (un quart de nos réserves, un tiers de notre production et +25% de production entre 2011 et 2017) et, en tant qu'opérateur pétrolier de premier plan, nous devons réagir afin de garantir la pérennité de nos activités. Nous déployons donc une stratégie volontariste (programme de réduction des coûts, sélectivité accrue des projets), visant à renforcer la rentabilité de nos activités. Mais pour continuer à investir en Afrique, y mener des projets industriels et créer des emplois (en Angola sur nos grands projets en eaux profondes, le nombre d’heures travaillées localement a plus que triplé en quelques années), il est important que tous nos partenaires, sous-traitants et états hôtes contribuent au retour de conditions favorables à la croissance de l’industrie pétrolière. Le projet Kaombo montre que cela est possible : la collaboration de toutes les parties prenantes du projet a permis de réduire les coûts de 4 milliards de dollars et de lancer le développement.

Dans l’activité Marketing & Services, la différenciation de Total est particulièrement marquée. Vous continuez à investir quand les autres pétroliers internationaux quittent le marché africain ?

M. N. En effet, contrairement à nombre de nos concurrents, nous continuons de développer notre réseau de distribution en Afrique, en marque propre ou en nouant des partenariats avec des réseaux locaux. Le continent africain ne cesse de s’urbaniser, les populations s’équipent en voitures, les routes sont de plus en plus nombreuses. Les classes moyennes qui habitent les villes souhaitent un certain niveau de confort. Elles n’ont pas toujours les moyens d’aller au supermarché mais pas non plus l’envie de se rendre au marché local. Dans nos stations-service, elles peuvent faire leurs courses, se restaurer, utiliser leur téléphone portable comme moyen de paiement, le recharger, transférer de l’argent… Implantées dans les villes mais aussi dans des zones rurales, nos stations-service sont l’un des vecteurs de cette dynamique de croissance et un symbole, par leur modernité et la diversité de nos offres, d’une Afrique moderne.

En conclusion, l’Afrique : terre de risques ou d’opportunités pour Total ?

G. M. L’Afrique est résolument terre d’opportunités. C’est pourquoi il est essentiel que tous les acteurs concernés se mettent autour de la table pour trouver des solutions. Développer les activités et poursuivre les investissements relèvent d’une responsabilité partagée. Nous sommes pré- sents en Afrique depuis plus de quatre-vingts ans, la conjoncture est délicate, mais nous comptons bien rester la plus africaine des majors !

M. N. Notre stratégie est clairement de croître en étant créateurs d’opportunités pour l’Afrique. Les objectifs de performance que nous nous fixons en matière de sécurité, d’environnement, de diversité montrent aussi aux autres que cela est possible. Par exemple, d’ici à 2017, nous devrions atteindre notre objectif : compter au moins 60 % de cadres locaux et 25 % de femmes au sein des comités de direction de nos filiales marketing. C’est aussi dans cet esprit pionnier que nous avons créé notre premier programme équivalent VIE pour les étudiants africains, visant à leur offrir une expérience internationale. Nous accueillerons 100 volontaires cette année. Notre ambition est d’en accueillir 500 en 2017. Nous ouvrons la voie et espérons que d’autres entreprises se joindront à cette initiative.